Capes Documentation

La Brigade Documentaire ou comment exploiter avec douceur et bienveillance les gnomes de CDI

« La brigade documentaire » n’est en rien une innovation, car bon nombre de collègues professeurs documentalistes ont déjà mis en place ce type de groupe d’élèves. La seule différence est son remixage à une sauce toute personnelle, c’est-à-dire à grands coups de communication visuelle sur-vitaminée (pour ne pas dire caféinée).


Pourquoi parler de brigade et non d’assistants ?

Le choix de ce terme n’est pas le fruit du hasard. La brigade désigne une unité, c’est-à-dire un ensemble de personnes travaillant en équipe. S’il est souvent associé à l’univers militaire, ce terme est aussi utilisé dans d’autres secteurs tels que la restauration. Ainsi, la brigade induit une notion de collectif, de collaboration et d’esprit d’équipe. En effet, les brigadiers sont solidaires entre eux dans la réalisation de leur(s) tâche(s).
Il s’en dégage un fort sentiment d’appartenance à un groupe.

En optant pour ce terme plutôt que pour celui d’assistant, l’accent est mis sur l’idée de corps (dans le sens de faire corps, d’union collective) : les membres de la Brigade Documentaire oeuvrent ensemble au rangement, à l’aménagement, à la décoration et à l’animation du CDI, bref à faire de cet espace un lieu de vie participant au bien-être scolaire.


Les badges

« La bosse que vous avez sur le crâne, je sais comment c’est arrivé. Vous me l’avez raconté. Vous étiez debout sur vos toilettes en train d’accrocher une horloge, vous êtes tombé et votre tête a heurté la chasse d’eau, et c’est en vous relevant qui vous ai venu l’idée de construire le convecteur temporel qui rend le voyage dans le temps possible. »

Marty McFly à Doc, Retour vers le futur 1


Pas de toilettes, ni d’horloge et encore moins de convecteur temporel pour la (prof)Doc que je suis. Mais un CDI, une tasse de café (ou de thé) et un cerveau très certainement en train de fumer lorsque je me suis dit qu’il serait peut-être intéressant d’aller jeter un oeil du côté des scouts … car encore une fois, je n’ai rien inventé. J’ai juste remixé à ma sauce.

Après quelques recherches et un interrogatoire chocolaté de scouts que j’avais sous la main, j’en suis arrivée à la conclusion que les badges étaient la solution à tous mes problèmes.


Les différents badges

Ces badges sont adaptés aux différents besoins du CDI. Ils ne sont pas figés dans le temps et d’autres badges pourraient s’ajouter si de nouveaux besoins apparaissent. De même, certains pourraient aussi disparaître …

  • Pro du rangement : connaît le système de classification des documents sur le bout des doigts ; ranger les documents en respectant le classement documentaire ; identifier les documents mal rangés et les remettre à leur place,
  • Super couvreur : réparer les couvertures plastiques abîmées ; coller correctement les côtes des livres et les couleurs pouvant leur être associées selon la marguerite des couleurs ; maîtriser l’art de couvrir les livres avec du film plastique ; utiliser judicieusement le film plastique et le scotch,
  • Décorateur : maîtriser les techniques de pliages, découpages et collages pour faire d’incroyables décorations ; collecter et proposer des idées de décorations ; superviser de A à Z un projet de décoration au CDI,
  • Animateur : proposer et installer des sélections thématiques de documents ; organiser le déroulé d’un club éphémère et l’animer,
  • Botaniste : arroser les plantes et leur donner la bonne quantité d’eau ; assurer le service esthétique des plantes ; observer les plantes et adapter son comportement en conséquence (luminosité, arrosage, soin, etc.) ; prendre soin d’une des plantes pendant les vacances d’été ; développer la présence des plantes au CDI en sélectionnant celles qui sont adaptées aux lieux et faire des propositions.
  • Reporter : réaliser une série d’affiches ou un diaporama photos restituant les principaux événements du CDI ; connaître les différents plans et cadrages, l’exposition, les contrastes pour faire de belles photos ; maîtriser le droit à l’image et le droit d’auteur.


Objectifs des badges

Même si les brigadiers oeuvrent ensemble, il m’a semblé nécessaire de valoriser les compétences que chaque élève développe au sein de la brigade. Les badges sont ainsi un moyen de symboliser les différentes étapes de leur progression personnelle.

Chaque brigadier choisit un parcours qui lui est propre. Libre à lui de préférer s’investir dans la décoration plutôt que dans le rangement ; de vouloir devenir reporter de la vie du CDI et botaniste, etc. Leurs compétences doivent se développer en fonction de leurs goûts. Les badges contribuent ainsi à une forme de connaissance de soi, d’affirmation personnelle, mais aussi de respect de soi.


Renforcement positif et édification de soi

Chaque brigadier choisit donc de se spécialiser dans une branche. Lorsqu’il se sent prêt, il vient me voir afin de passer l’examen de badge. Nous faisons ensemble un bilan de ses compétences.
Si elles sont trop fragiles, je lui fais des recommandations et lui indique une période vers laquelle il pourra revenir me voir pour son examen.
Si les compétences sont pleinement acquises, rendez-vous est fixé pour son examen.

Lorsque la maîtrise de la compétence est validée, l’élève nouvellement spécialisé se voit remettre officiellement son nouveau badge lors d’une séance de club de la Brigade Documentaire. Ainsi, force de spectaculaire, en début de séance, j’effectue un petit discours galvanisant, j’appose le nouveau badge sur la carte de l’élève (pour le moment, je ne fais pas faire de badges car j’attends d’avoir un peu plus de recul … et le budget) et les autres élèves applaudissent ainsi leur camarade (hashtag reconnaissance des pairs).


Si le système de badges (assimilable au principe de collection) joue sur le système de récompense et le renforcement positif, le badge est d’autant plus intéressant pour le brigadier qu’il n’est pas si facile à obtenir (il est nécessaire de trouver le juste milieu entre le trop simple et le trop difficile qui auraient tous les deux un effet pernicieux). Ainsi, en plus d’avoir la satisfaction personnelle de remporter un « objet de collection », le brigadier apprend la persévérance.


Quid des autres élèves ?

Que faire de ceux qui ne peuvent pas venir au club, mais qui voudraient avoir des badges ?


En effet, nombre d’élèves débordent d’énergie et viennent régulièrement demander s’ils peuvent ranger les livres pendant leur(s) heure(s) de perm’. Pour qu’ils ne soient pas lésés, ils peuvent aussi passer le badge de Pro de rangement. Il s’agit là du seul badge que j’ouvre aux non-brigadiers, mais les choses pourraient aussi évoluer dans le temps avec l’extension aux Super couvreurs.

Que faire des gentils petits élèves qui veulent aider mais qui mettent les BD dans les albums, les fictions dans les documentaires, etc. ?
Qu’à cela ne tienne. S’ils veulent aider qu’ils le fassent… même si cela implique de générer du désordre. Car au-delà du fait d’être d’heureuses sources d’aide, les petites mains même maladroites contribuent à un objectif plus large que le rangement du CDI : le bien-être de l’élève au collège. Alors Jean-Kevin pourra toujours être une source de catastrophes documentaires, le sourire qu’il arbore en sortant du CDI à chaque fois qu’il vient « aider » vaut bien quelques minutes de rangement supplémentaire de ma part.

Mais n’allez surtout pas croire que je suis une profdoc bienveillante 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *