This is Halloween

Bonjour à tous,

Il semblerait que Halloween soit un moment phare dans nos CDI. Si pour certains, il s’agit d’une occasion à ne pas rater pour animer nos espaces documentaires, d’autres portent un regard plus critique dessus (oui, oui, j’ai pu lire sur les RSN des commentaires assez désobligeant sur les profdocs qui font mumuse avec des décorations). Afin de porter un nouvel éclairage sur ce type d’animation et de démontrer qu’au-delà du simple bricolage se trouve notre cœur de métier, je vous propose un bilan de ce que j’ai pu mettre en place dans deux établissements différents (un pour mon année de stage et un pour cette année).

 

Pour rappel, en qualité de professeurs-documentalistes, nous participons activement à la promotion de la lecture (cf. §3 de la circulaire de mission des professeurs-documentalistes de mars 2017) et devons de ce fait mettre en place des dispositifs et des projets en sa faveur.

Avec Noël, il semble qu’Halloween soit une des fêtes portant le plus d’intérêt auprès de nos élèves. Cela peut s’expliquer par le fait que de 7 à 77 ans nous aimons nous faire peur : un phénomène explicable neurochimiquement et sociologiquement. Favoriser la promotion de la lecture, c’est aussi recourir à des ficelles largement usées. Pourquoi s’en priver ?

La médiation documentaire a pour objectif de faire le lien entre l’information et l’usager. Dans notre pratique professionnelle, nous pensons spontanément aux différentes formes de stratégies de communication que nous pouvons mettre en place, telles que les classifications, les signalétiques, les catalogues, etc. Dans ce contexte, nous partons du présupposé que l’usager a un besoin identifié d’information. Dans un CDI, il se caractérise souvent par un « Madame (ou Monsieur), vous avez un livre sur le foot ? sur les pirates ? sur la guerre ? etc. ». Que faire de la sérendipité ?

La médiation spatiale et la scénographie sont des concepts connus en muséographie depuis les années 1980. Les installations de médiations muséologiques sont imaginées afin de rythmer les espaces (théâtraliser) et de valoriser certains objets. Elle s’articulent autour des principes de :

  • Curiosité (provoquer la curiosité),
  • Questionnement (susciter les questionnements),
  • Dialogue (favoriser le dialogue).

Au sein de nos CDI, nous mettons régulièrement ces modalités matérielles et spatiales de mises en forme des énoncés  par l’intermédiaire de display (pas trouvé de mot en français qui soit plus adapté) visant à mettre en lumière des documents (nouveautés, sélections thématiques, etc.) et à les théâtraliser (nous ne les plaçons pas n’importe comment).

Ainsi, proposer une thématique Halloween au CDI est une forme de médiation documentaire de la promotion de la lecture visant à la création un lien fortuit entre le document et l’usager par l’intermédiaire de la mise en scène. En résumé, et n’en déplaise à certains: non, je ne fais pas juste joujou avec mes ciseaux et mes papiers colorés, mais je construis une médiation spatiale #jefaismonboulot

 

 

Comme je l’ai écrit en introduction, j’ai déjà mis en place des médiations autour d’Halloween. Entre la v1 et la v2, il y a déjà eu de nombreux ajustements et il y en aura encore de nombreux autres pour la v3 (d’ailleurs, si vous avez des remarques ou des critiques, tant que cela est constructif pour pouvez le faire dans les commentaires).

 

Halloween v1
collège de X
(lieu de stage)
Halloween v2
collège de Y
(titulaire du poste)
Le CDI du collège X propose de beaux espaces de médiations.

  • De nombreuses étagères sont dédiées à la mise en avant d’ouvrages,
  • Quatre plateaux de présentation (tables et armoires basses)
  • Deux grilles sont présentes et facilitent la mise en place de différents display au sein de l’espace documentaire.
Le CDI du collège Y ne propose pas d’espaces adaptés pour une médiation. Malgré une réorganisation de l’espace en septembre, les grosses armatures (dont l’utilité reste encore à définir) viennent à réduire considérablement les possibilités d’agencement.

  • Les étagères de livres ont été allégées pour l’occasion. Un désherbage soigneux reste à faire afin de rendre possible des médiations au sein des étagères.
  • Le manque d’espace dû aux armatures ne rend pas possible la mise en place de plateaux de présentation ou de panneaux d’exposition.

Un gros chantier de réorganisation de l’espace documentaire reste à faire.

Une sélection thématique d’ouvrages a été proposée et faite par la professeure-documentaliste. Une sélection thématique d’ouvrages a été proposée par des élèves volontaires et validée par la professeure-documentaliste.
Différentes décorations ont été faites et mises en place par des élèves volontaires pendant les horaires d’ouvertures du CDI. Différentes décorations ont été faites et mises en place par des élèves volontaires pendant les horaires d’ouvertures du CDI.
Un concours de dessin a été organisé. Un concours de critique littéraire a été organisé. Une fiche guide est fournie à chaque élève souhaitant participer.

La critique du ou des gagnants sera mise sur l’Esidoc du CDI (après autorisation de l’élève et de ses parents).

Une campagne de promotion de la médiation a été faite par affichage, annonce dans le journal hebdomadaire du collège et par un soutien des enseignements de lettres qui ont fait des annonces dans leurs classes.

Une campagne de promotion de l’événement a été faite par affichage au CDI et sur l’écran télé dans la cours de récréation, et par un soutien des enseignements de lettres qui ont fait des annonces dans leurs classes.

 

Changement d’approche pour la participation des élèves

Entre la médiation d’Halloween v1 et v2, certains changements ont été opérés afin de rendre effective une forme de partenariat participatif des élèves. Ils ne sont plus uniquement actifs dans la partie décorative, mais aussi dans la sélection thématique d’ouvrages. Cela nécessite de leur part de mettre en place des stratégies de recherche de document. L’Esidoc du CDI n’ayant dans le collège X et dans le collège Y que peu était exploité avant, les élèves ont systématiquement eu recours à la sérendipité. De ce fait, leur recherches reposaient sur l’adéquation entre le titre de l’ouvrage et la thématique.

Après compilation d’une quarantaine de documents (romans, albums, livres documentaires, etc.), les élèves revenaient vers moi. Je validais ou non leur choix. En cas de non-validation, je les aiguillais : « en quoi ce livre pose problème ? ». La lecture du résumé présent en 4èmede couverture les aidait à prendre la décision finale.

Une telle approche me permet:

  1. de rendre les élèves acteurs au sein du CDI (ce n’est pas mon CDI, mais aussi le leur),
  2. de pointer l’existence du portail documentaire : plusieurs se sont plaint du manque d’efficacité de leur démarche,
  3. de succinctement faire référence au questionnement de sujet (Halloween : genre littéraire, synonymes, champ lexical, etc.),
  4. d’expliquer les clés du livre (titre, résumé, table des matières lorsqu’il y en a une).

Bref, c’est un moyen d’enseigner l’info-documentation sans en avoir l’air.

Changement de concours

Changer le concours s’est révélé nécessaire après le bilan de ma v1. Du point de vue pédagogique et de mes missions professionnelles, le concours de dessin ne m’a finalement pas paru pertinent. Ce choix était peut-être emprunt d’une grande naïveté et d’un manque de posture professionnelle présent en début de stage. Le choix d’un concours de critique littéraire semble plus judicieux dans le cadre d’une action de promotion de la lecture et de développement des compétences du S4C.

Du côté des élèves, ils se sont montrés beaucoup plus enthousiastes à l’idée de faire des critiques que des dessins.

Pour le prix… j’ai toute la collection du prix des Inco de ces 10 dernières années en 5 ou 6 exemples, voire plus (j’ai arrêté de compter). Ça va me débarrasser un peu. L’idée d’un chèque-livre aurait été chouette, mais la librairie la plus proche est à 35 kilomètres (oui, c’est loin, même en DeLorean).

Ajuster la communication

Au niveau de la communication, celle-ci est à revoir. C’est une chose que je n’ai pas vue l’année dernière : la juxtaposition d’informations sur l’affiche (Halloween au CDI et le concours) brouille le message. En conséquence, de nombreux élèves découvrent tardivement le concours. Ajoutons aussi le fait qu’ils commencent seulement à s’habituer à moi et à me façon de faire : les concours, les médiations, trois clubs, etc. sont des nouveautés pour eux. Les élèves qui ont remarqué tardivement le concours m’ont demandé d’en refaire un au courant de l’année… Bien sûr, j’ai déjà plusieurs idées en tête, surtout pour inciter à lire les plus réfractaires à la lecture. À force, cela devrait ancrer la pratique.

Pour l’année prochaine, je réaliserai une affiche centrée uniquement sur le concours. Les décorations visibles sur les portes vitrées du CDI suffisent largement pour indiquer la présence d’une médiation sur ce thème.

 

Bien que ces deux médiations d’Halloween se soient révélées positives (les élèves ont apprécié découvrir les livres et les décorations), je pense déjà aux réajustements à faire pour l’année prochaine :

 

 

  1. J’espère avoir trouvé d’ici-là une solution pour l’agencement du CDI. Au-delà du problème de médiation que l’agencement actuel pose, lors de mes séances info-doc les élèves ne parviennent pas tous à voir le tableau à cause des armatures métalliques… et il est impossible de disposer les tables autrement.
  2. J’aimerai mettre en place une collaboration sur ce thème avec les enseignants de discipline afin de réaliser une exposition de travaux d’élèves (anglais et art plastique par exemple)… D’ailleurs, cela semble bien parti du côté d’une prof d’anglais (youpi !).
  3. Je voudrai proposer aux élèves de découvrir les autres événements du mois d’octobre, mais Halloween les fait un peu passer à la trappe (et sincèrement, je n’ai pas envie de laisser tomber cette médiation, il y a un sérieux besoin de promotion de la lecture dans mon établissement). Je vais peut-être voir s’il n’y a pas un moyen de remixer Halloween à la sauce Semaine du goût ou la Fête de la science. Ce serait aussi un moyen de proposer une collaboration originale à des enseignants de discipline qui n’ont pas forcément l’habitude de collaborer avec le profdoc.
  4. S’engager dans une pratique transmédiatique en utilisant la complémentarité du CDI physique et du CDI virtuel (Esidoc). Mon souhait serait de rendre le portail documentaire du CDI incontournable pour les élèves (après pour les profs). Proposer une expérience d’Halloween différente sur Esidoc (toujours en partant du travail des élèves) pourrait être intéressant.

Voici donc de nombreuses possibilités qui s’offrent. Toutes ne seront pas réalisables, mais elles méritent certainement que je me penche dessus à un moment ou à un autre. Et comme vous avez pu le remarquer… dans ma tête, c’est un gros bordel.

« J’exploite les élèves et je le fais bien ! »… enfin je l’espère 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *